|
Striges
et autres monstres
dans les croyances antiques
De toutes les créatures
mythiques, les Striges sont sans doute les plus mal connues. Apparentées
aux vampires, elles apparaissent dès l’Antiquité
dans la croyance romaine. Mi-femme, mi-oiseau, les Striges s’en
prennent surtout aux nouveau-nés, soit qu’elles sucent
leur sang, soit qu’elles les enlèvent de leur serres
crochues… Pourtant, lorsque nous voulons nous intéresser
de plus près à ces créatures, surgit une
foule de questions et d’incertitudes… Au travers des
textes antiques, elles poussent leur cri terrifiant, incapables
de se résigner à sombrer dans l’oubli !!!
Gare à celui qui ignorera leur avertissement…
L’origine
du mot "Strige"
Le terme "Strige"
provient des mots latins "striga" et "strix",
le premier signifiant communément "sorcière"
et le second s’employant pour désigner une "Strige,
un hibou, un oiseau qui chez les anciens, passait pour sucer le
sang des petits enfants au berceau, et qui par conséquent
était regardé comme une sorte de vampire, d’être
malfaisant."(1) En réalité "strix"
provient du verbe grec "stridzô" qui se traduit
par "siffler, crier", le nom grec "strigx"
désignant quant à lui "une effraie, oiseau
de nuit, ainsi nommé à cause de son cri strident."(2)
Si l’origine
du mot est indubitablement grecque, il n’en reste pas moins
que l’étude de cette mythologie, pourtant friande
en monstres de tout genre, ne nous donne aucune trace de ces démons
mi-femme, mi-oiseau. Les premiers textes portant sur le sujet
ont été écrits en latin et semblent se référer
à une ancienne croyance populaire.
Quoiqu’il en soit, tenant compte de l’étymologie,
l’orthographe correct devrait donc comporter un "i"
venant du iota grec (Strige), bien que le dictionnaire français
admette aussi le "y" (Stryge).
Les Striges, une croyance romaine
Rares
sont les auteurs latins qui mentionnent dans leurs œuvres
ces créatures mythiques, mais plus rares encore sont ceux
qui en expliquent l’origine…
Nous trouvons une allusion aux Striges dans l’œuvre
du poète romain, Stace : "De sinistres créatures
volent, des êtres maléfiques crient dans les nuées,
les Striges nocturnes gémissent."(3) Apparaissent,
dans cette courte description, les grandes caractéristiques
que nous retrouverons chez d’autres auteurs : il s’agit
bien de créatures maléfiques, au cri strident, dotées
d’ailes et vivant la nuit.
Ovide, "le
poète de l’amour", signalent, dans deux de ses
œuvres, l’existence des Striges. Dans le livre VII
de ses "Métamorphoses", au moment où Médée,
la magicienne, concocte sa potion pour faire rajeunir Aeson, l’auteur
nous dit qu’elle ajoute à sa préparation "les
ailes maudites d’une Strige avec sa chair"(4) et ne
nous apprend rien de plus. Le chant VI des "Fastes"(5)
est plus intéressant à cet égard. Dans un
passage où il évoque la déesse peu connue,
Carna, protectrice des gonds, Ovide prétend qu’"Il
y a des oiseaux voraces ; sans s’identifier à ceux
qui empêchaient Phinée de goûter aux mets(6),
ils tirent d’eux leur origine ; ils ont une tête immense,
des yeux fixes, un bec fait pour saisir les proies, des ailes
blanchâtres, des serres crochues. Ils volent de nuit, s’attaquent
aux enfants en l’absence des nourrices et souillent les
petits corps qu’ils arrachent du berceau. Ils déchirent,
dit-on, de leur bec les entrailles des nourrissons et ont le gosier
barbouillé du sang qu’ils ont sucé. Ils portent
le nom de Striges."(7) Dans la suite de ce texte, l’auteur
reprend l’origine du nom telle que nous l’avons exprimée
ci-dessus : "ce nom provient des cris stridents qu’ils
ont l’habitude de pousser pendant les nuits redoutables."(8)
Le portrait se précise…
Plus prudent,
Pline l’Ancien, dans son Histoire Naturelle, nous rapporte
une croyance populaire : "Je considère en effet comme
une fable ce qu’on dit des Striges : qu’elle traient
le lait de leurs mamelles entre les lèvres des enfants."
et il précise : "Strige est une injure déjà
ancienne, mais je ne puis déterminer quel est cet oiseau."(9)
Au regard des autres témoignages, il nous est permis de
penser que ce lait devait être empoisonné.
Pétrone
intègre les Striges dans son Satiricon. Après avoir
entendu un des convives raconter une histoire de loup-garou, Trimalcion
prend la parole pour narrer une "chose épouvantable."(10)
Alors qu’on pleurait la mort d’un jeune homme, "soudain
les Striges se mirent à hurler", un homme se précipite
alors au dehors et "transperce une de ces sorcières
au beau milieu". Lorsqu’ils retournent plus tard auprès
du corps, "les Striges avaient volé l’enfant
et avaient mis à sa place une marionnette de paille."(11)
Outre la référence
aux créatures mythiques, le mot "Strige" a aussi
servi, dans le monde romain, d’injure.
Malgré la diversité des récits, des caractéristiques
communes reviennent au fil des descriptions et nous pouvons dresser
de la Strige antique un portrait plus ou moins précis.
En effet, il s’agirait d’une créature mythique
ailée (mi-femme, mi-oiseau) avide d’enfants (elles
sucent leur sang, les empoisonnent ou encore les enlèvent),
se manifestant surtout de nuit. Selon les témoignages,
cette croyance devait être assez ancienne, ce qui expliquerait
que bon nombre d’auteurs des débuts de l’Empire
restent imprécis quant à l’origine de ces
êtres malfaisants. De plus, leur description est partiellement
influencée par la représentation de monstres présents
au sein de la mythologie grecque telle que Lamia et Empusa ou
encore des Harpyes et des Sirènes.
|