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Edgar Allan Poe (2)
Ces comparaisons générales
réalisées, concentrons-nous sur deux nouvelles particulières,
le Chat noir et le Cœur révélateur, qui sont
imprégnés du thème de la mort. Le Chat noir,
tout d'abord, raconte l'histoire d'un homme qui aime énormément
les animaux et épouse une dame ayant la même inclination.
Cependant, sous le joug du temps et de l'alcool, le caractère
de l'homme s'aigrit violemment et chacun subit les humeurs du
maître de maison. Le héros en vient même, dans
un accès de colère, à priver d'un oeil le
chat noir qu'il avait tant aimé auparavant. Il finira d'ailleurs
par pendre celui-ci à un arbre du jardin. C'est alors qu'un
ensemble de faits inexplicables se produisent: incendie, ombre
accusatrice, apparition d'un autre chat pratiquement identique,
suggestion d'un proche avenir terrifiant... L'homme, pris de fureur,
n'arrive plus à se maîtriser et tue sa femme d'un
coup de hache. Il décide alors d'emmurer le corps dans
la cave mais y enferme aussi, sans le savoir, le nouveau chat.
C'est le cri du chat qui alertera
finalement les forces de l'ordre. L'interprétation de Lalia
est, comme nous l'avons déjà signalé, très
proche du texte. Certes, il y a bien l'une ou l'autre erreur (Poe:
"L'orbite de l'œil perdu présentait, il est vrai,
un aspect effrayant, mais il n'en parut plus souffrir désormais",
Lalia: "L'orbite vide perdit son aspect effrayant...";
Poe: "...un domestique...", Lalia: "...la domestique...",
...), ainsi qu'une phrase à la dernière planche
dont l'appartenance à la nouvelle est douteuse; néanmoins,
la bande dessinée donne une représentation fidèle
du texte de Poe traduit par Baudelaire. La seule chose à
déplorer dans l'œuvre de Lalia est la redondance fréquente
entre le "texte off" et le dessin: le texte, finalement,
porte si bien l'histoire que le dessin n'a plus qu'une fonction
d'illustration. Breccia, par contre, est beaucoup moins respectueux
du texte original et se permet une plus grande liberté
d'action (il insiste par exemple sur l'alcoolisme, se permet de
déplacer dans le temps certains événements,
...). L'auteur ajoute même une conclusion personnelle mais
ne trahit pas pour autant l'esprit et l'ambiance du récit
de Poe.
Les
remarques à réaliser pour le Cœur révélateur
sont pratiquement du même ordre. Nous signalerons malgré
tout que le graphisme de Breccia aide à rendre l'atmosphère
réellement lourde. Il s'agit, en effet, d'un domestique
qui va tuer son maître non pas parce qu'il se comporte mal
avec lui mais parce qu'il n'arrive plus à supporter son
oeil de verre. De nombreuses fois, la nuit, le domestique vient
regarder le vieil homme avant de se décider au crime. Cette
séquence est très bien interprétée
par Breccia grâce à la répétition de
cases, grâce au choix d'un dessin noir et blanc qui laisse
très peu de place à la lumière. Une fois
mort, le corps du vieil homme va être caché dans
la maison mais le battement de son cœur va continuer à
hanter l'esprit du domestique qui finira par craquer nerveusement
et avouer son meurtre. L'adaptation de Lalia, d'un autre côté,
a l'intérêt de mettre le découpage des cases
très souvent éclatées dans cette nouvelle
et le type d'écriture du texte au service de l'ambiance
morbide du Cœur révélateur.
En conclusion, si vous avez aimé
lire les nouvelles d'Edgar Allan Poe, n'hésitez pas à
découvrir une des adaptations en bandes dessinées
de votre choix. Chaque auteur vous offre, à travers son
point de vue, ses propres craintes, ses propres angoisses, sa
propre sensibilité, car toute interprétation est
une réappropriation du texte.
Murielle Van Trienpont
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