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Edgar Allan Poe
De la littérature à la
bande dessinée
Poète, conteur et romancier
américain, Edgar Allan Poe (1809-1849) offre l'image de
l'écrivain maudit. En effet, l'infortune l'atteint dès
son plus jeune âge et seule la mort le délivrera
de ce destin funeste. Fils de Virginia Players et de David Poe,
couple d'acteurs ambulants, Edgar naît à Boston le
18 janvier 1809. Mais, très vite, l'alcoolisme emporte
son père au royaume des ombres. Sa mère, quant à
elle, décède de la tuberculose alors que le petit
garçon n'a que trois ans. Ces premières épreuves
marqueront à jamais le futur
auteur et son oeuvre. Le jeune Poe est alors adopté par
un riche négociant de Richmond qui l'emmène vivre
en Angleterre jusqu'en 1820. Malgré tout, le futur écrivain
revient aux Etats Unis où il va effectuer des études
à l'université de Virginie et vivre comme un dandy;
il y réalisera ses premiers poèmes. En 1836, il
se marie avec Virginia, une jeune fille âgée de 14
ans seulement, qui est en fait la fille de sa propre tante paternelle.
Cependant, Poe n'est pas au bout de ses souffrances, car sa femme
tombe malade, victime elle aussi de la tuberculose, et s'éteint
en 1847. Obsédé à la fois par l'agonie de
sa mère et de sa femme, hanté par les images sanglantes,
encerclé irrémédiablement par la mort, Edgar
Allan Poe va mener une vie de misère, d'alcoolisme et de
drogue. Emporté dans des crises de delirium tremens, il
erre dans les villes et finit par expirer deux ans plus tard à
l'hôpital de Baltimore.
L'œuvre de Poe se définit
à travers une constante ambivalence, partagée entre
l'inquiétude et la lucidité, entre le morbide et
l'affectif, entre le fantastique et la rigueur esthétique.
Bref, l'auteur réussit à toucher les abîmes
de la mort, de la mélancolie, de l'horreur tout en gardant
une exactitude extrême dans l'expression littéraire
et une maîtrise incontestable des symboles. Parmi ses écrits
journalistiques, ses nouvelles et romans, ses poésies,
ses essais et oeuvres esthétiques, nous retiendrons deux
recueils de nouvelles, les Histoires extraordinaires (1840) et
les Nouvelles Histoires extraordinaires (1845), oeuvres fantastiques
à part entière. Nous y retrouvons essentiellement
les sujets de la claustration, comme dans la Chute de la Maison
Usher, de la peur de la mort, par exemple dans le Cœur révélateur.
Le thème de la mort donne d'ailleurs lieu à l'idée
d'une conscience humaine en proie à la dualité,
c'est-à-dire que l'homme vivant (que Poe assimile à
un "rêveur de vie") coexiste avec un autre lui-même
déjà mort. La conscience idéale devient alors,
pour Poe, une conscience posthume (car la mort est le réveil
du rêveur).
L'œuvre esthétique
de Poe a considérablement marqué le genre fantastique
et la francophonie n'y a pas échappé, d'autant plus
que son principal traducteur n'était autre que le célèbre
Charles Baudelaire. Les textes de Poe ont servi à de nombreuses
adaptations au cinéma, bien évidemment, et ce dès
1909, mais également en bandes dessinées et dans
le domaine du multimédia, des jeux vidéos.
En ce qui concerne les bandes dessinées,
Richard Corben a réalisé La Chute de la Maison Usher
aux éditions Albin Michel. Il existe également le
Chat noir, une adaptation de Horacio Lalia, toujours chez ALbin
Michel et enfin le Cœur révélateur et autres
histoires extraordinaires d'Edgar Poe d'Alberto Breccia aux Humanoïdes
Associés. Ne pouvant vous donner une analyse complète
de chaque nouvelle abordée en bande dessinée, nous
vous proposons de comparer avec le texte original deux séquences
en particulier, le Chat noir et le Cœur révélateur,
car elles ont été traitées à la fois
par Breccia et Lalia.
Ces deux auteurs interprètent
bien différemment les nouvelles d'Edgar Poe. Alors que
Lalia opte pour un scénario étoffé et très
proche du texte traduit par Charles Baudelaire, Breccia reste
sobre, va à l'essentiel de l'action avec peu de phylactères.
Les deux auteurs se distinguent également l'un de l'autre
par leur graphisme. Lalia illustre son texte par des dessins en
noir et blanc réalisés essentiellement au pinceau;
les contrastes y sont également bien marqués ce
qui donne un dessin très accessible au lecteur. L'album
de Breccia, par contre, est beaucoup plus difficilement abordable.
Rappelez-vous, nous vous avions déjà parlé
de cet auteur dans le Khimaira n°4 à l'occasion de
l'article sur les vampires en bandes dessinées. Ici aussi,
le dessinateur fait preuve d'une grande originalité et
d'une recherche technique impressionnante; beaucoup plus variée
encore que dans son album Dracula, Dracul, Vlad?, bah... En effet,
chaque nouvelle est adaptée à travers un graphisme
différent. Nous passons ainsi des aplats en noir et blanc
à l'éclatement des couleurs, du dessin anguleux
aux arrondis déformés. Bref, chaque récit
apporte une nouvelle ambiance où le dessin est chargé
de signification. Néanmoins, il est difficile de laisser
derrière soi ses préjugés artistiques parfois
très classiques pour lire d'un oeil non initié une
expression nouvelle et se mettre à l'écoute des
vibrations du dessin, surtout en bande dessinée qui reste
malgré tout, à côté de la peinture,
de la sculpture, un genre très normalisé. En ce
qui concerne le découpage, Lalia innove beaucoup plus que
Breccia aux cases linéaires et ordonnées (sans doute
par nécessité vu la complexité du dessin
lui-même). Lalia opère par enchevêtrement de
cases quelque peu décalées avec un texte placé,
la plupart du temps, en dehors de la case. Remarquons que l'un
et l'autre auteur utilisent en majeur partie le "texte off"
ce qui est très logique puisque l'origine même de
ces bandes dessinées sont des nouvelles, c'est-à-dire
de courts récits racontés par un narrateur le plus
souvent interne au texte.
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