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Omnopolis
Interview de Lainé

Jean-Marc Lainé, scénariste de la série, vient de la presse BD. Auteur de nombreux feuilletons dans les Pockets Semic (Wa-Tan-Peh, Spiro Anaconda, Dolores, Galton & Trumbo...), il travaille aussi régulièrement pour Pif-Gadget (La Capitale des Ruines, Le Cavalier Maure).
A quelques jours de la sortie d'Omnopolis, le scénariste nous dévoile un peu de son univers...
LeFantastique.net : Comment vous êtes-vous rencontrés et comment se passe la collaboration?
Jean-Marc Lainé : On s’est pas rencontrés, c’est lui qui m’a poursuivi.
Plus sérieusement, Stéphane Louis m’a montré la pin-up "fan art" que Geyser avait fait de Tessa, et il a insisté pour que je contacte Geyser. J’ai un peu traîné des pieds, alors pour me faire réagir, il m’a dit "j’ai passé les coordonnées de Geyser à Nikolavitch" ! Là, j’ai bougé mes fesses, j’ai appelé Geyser, je lui ai parlé du projet, et comme je traînais Omnopolis depuis longtemps, j’ai eu l’occasion de lui faire tout le premier tome. Il m’a rappelé pour me dire que « ça se lisait comme un roman » et que, surtout, il voulait le faire. Il est monté d’Angers sur Paris, on a échangé des idées, il a commencé à gratter des fiches personnages et des pages, et on a envoyé aux éditeurs. Ensuite, après la signature du contrat, il est venu s’installer sur Paris, ce qui permet de se croiser souvent pour discuter…
LF.N : Quelle est l'idée de départ du scénario et quelles ont été tes "influences" ?
JML : Hmm…Compliqué... Bon, en gros, Omnopolis remonte à tr ès loin, on va faire un peu d’archéologie, là. Les premières idées remontent, je dirais, à 1992. Je connaissais Denis Bajram, qui voulait monter un proejt de magazine culturel avec des vrais morceaux de BD dedans. Il me présente à Mathieu Lauffray, à peu près en ces termes : "Mathieu, tu ne sais pas écrire, Jean-Marc, tu ne sais pas dessiner, vous allez faire quelque chose ensemble." C’était dans la cafétéria des Arts Décos, je m’en souviens encore. Le projet de mag est tombé à l’eau, Denis est parti au Goinfre, et Mathieu a commencé des illustrations de romans, mais on avait bien accroché ensemble et on a commencé à développer un truc d’héroïc, parce que Mathieu voulait ce genre d’univers, dans un style un peu Neal Adams. Je lui ai écrit une séquence d’ouverture, avec un barbare, un grand port ouvert sur un océan sans fin, et une guerrière sortie d’on ne sait où (on aurait appris qu’elle venait d’une autre dimension, tout ça tout ça…). Et puis il y a eu une fâcherie entre Mathieu et moi autour de l’histoire de vampires dans le collectif de Scarce, une fâcherie qui semble bien oubliée depuis, mais je crois que j’étais le principal fautif avec mon mauvais caractère. Bref, donc, Mathieu et moi prenons de la distance, il part faire des couvertures de Star Wars et moi je me marie, la vie quoi… Mais le projet de guerrière dimensionnelle reste, se développe un peu à part de l’univers d’héroic-fantasy, des tas de trucs se greffent… Notamment la lecture du Vortex de Stan & Vince (que Nikolavitch et moi fréquentions depuis longtemps dans la librairie Mondes Mutants, mais ceci est une autre histoire… La lecture de Vortex, peut-être plus que celle d’Aquablue, m’a convaincu qu’on pouvait faire du comics à la française, en mixant l’énergie des Américains et la minutie de l’édition française.
LF.N : Au niveau du scénario, la narration est très rapide et rappelle le style des comics. Pourquoi ce choix de narration ?
JML : C’est moins mes influences comics (j’en lis depuis désormais un quart de siècle, ça laisse des séquelles) que la volonté d’en donner pour son argent au lecteur. Je voulais beaucoup d’action et de péripéties, certes, mais je voulais aussi beaucoup de cases et de bulles. Qu’il se passe des choses. Je voulais obéir davantage à des Greg ou des Charlier qu’à des Morvan ou des Bendis. En plus, Hervé Richez, le directeur de collection de Bamboo/Grand Angle, m’a conseillé de remettre "de la viande autour de l’os", en rajoutant des scènes, des explications, des chevilles narratives. Il a l’œil pour ça, Hervé, il pointe les endroits où l’on peut, sans tasser, donner plus d’explications, fluidifier le récit, l’éclaircir. On croit toujours que rendre fluide, c’est enlever, alléger. Je pense que c’est faux. Je pense que c’est deux axes différents. On a donc pris la décision inverse, et on en a rajouté ! Et je suis tenant de l’idée que la densité, si elle coule de source, est très agréable. Qu’il se passe des choses, bon sang ! On dit souvent que dans les comics, il ne se passe rien. Mais quand on voit certains albums franco-belges récents, tout décompressés, avec une bulle par page, et qu’on lit en dix minutes, je crois qu’on a encore et toujours des leçons à tirer des Américains. Mais en dehors de ces querelles de clocher, je ne voulais pas d’un album qui se contente d’exposer les personnages et la situation, je voulais d’un album qui speede, où il se passe des trucs, où, quand le lecteur le referme, il peut appeler un pote à lui pour comparer les moments forts, pour passer par la phase du "et t’as vu quand machin fait ci fait ça ?"…
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