Le graphisme "manga"

Il existe de nombreuses différences graphiques entre le manga et la bande dessinée européenne, dont les principales sont l'utilisation du noir et blanc, une très grande liberté avec les cadres et phylactères, une action qui s'étale sur plusieurs pages alors qu'elle ne prend que trois cases dans la BD de chez nous, l'auto-dérision de la part de l'auteur qui n'hésite pas à se mettre en scène ou à intervenir entre deux cases pour donner son avis, ou encore les fameux SD (les Super Déformés, c'est-à-dire que les personnages ne sont plus représentés dans leur aspect habituel, mais dans des attitudes destinées à faire rire). Il existe aussi certaines caractéristiques qui permettent de classer une série dans un genre particulier (par exemple, une série destinée aux jeunes filles aura de nombreuses pages ornées de cœurs ou de fleurs autour des cases.

L'utilisation du noir et blanc et l'étalement de l'action correspondent bien à la définition du manga, "image dérisoire", et à son objectif premier : une lecture qui fait rapidement sens. Tout cela est dès lors très proche du story-board utilisé dans le cinéma.

Le manga a connu deux révolutions graphiques importantes au cours des cinquante dernières années. Elles ont été déterminantes pour rendre ce genre populaire d'abord au Japon, et ensuite dans le reste du monde. La première est due à celui qui est appelé au Japon "le dieu du manga": Osamu Tezuka.

La bande dessinée paraît alors douée de mouvement, avec une nouvelle disposition des cases et une technique narrative modernisée, avec surtout la caractéristique des grands yeux que presque tous les mangaka (dessinateurs de mangas) reprennent.

C'est un des reproches que les détracteurs occidentaux du genre font à l'égard du dessin manga: ce serait selon eux un déni des yeux bridés car cela permettrait dès lors d'exporter ces productions vers d'immenses marchés. La véritable explication est que les dessinateurs disposent ainsi d'une très grande palette d'émotions et de sentiments qui passent par le regard.

Tezuka est le père du célébrissime Astro le petit robot qui fut la première série adaptée en dessin animé, ainsi que Black Jack, Bouddha, Le roi Léo et Le Phénix que Tezuka considère comme son chef-d'œuvre et qui contient toute une inspiration humaniste.

La seconde révolution graphique est attribuée à Katsuhiro Otomo qui renouvelle l'énergie dans le dessin et qui place ses récits dans des mondes apocalyptiques, de destruction ou de sciences-fiction. Il est entre autres le père de la mondialement connue série-culte Akira.

Il y a également une différence qui concerne cette fois-ci le sens de lecture qui parfois peut dérouter le novice européen peu habitué au sens japonais. Toutefois, il n'y a pas lieu de s'inquiéter puisque l'on s'y fait très rapidement. D'ailleurs, les maisons d'édition adoptent pour la plupart de leurs séries ce sens de lecture soit pour faire authentique, soit parce que l'auteur a souhaité qu'en cas d'adaptation à l'étranger, son œuvre ne soit pas dénaturée.

Conscients que cette nouveauté peut poser problème à leurs lecteurs, les éditeurs indiquent toujours, dans les premiers volumes d'une série, le mode d'emploi du sens de lecture "à la nippon", dont voici un exemple.

Christophe Merlin

Image Sailor Moon : © 1995, Naoko Takeuchi, Kodansha Ltd (Pour la version originale)
© 1995, Editions Glénat (Pour la version française)
Image Tezuka : © Casterman 1996
Image Grands Yeux : © 1992 Clamp, Kadokawa Shoten Publishing Co., Ltd.
(Pour la version originale) © 1998 Tonkam
Image Sens de lecture : © 1997 Média Système Edition

 
 
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