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Manga, késako ?
"Manga" est l'accolement
de deux caractères chinois : "man", qui signifie
"dessin, tableau, esquisse" et "ga", "rapide,
comique, simple". La définition la plus courante est
"image dérisoire". Il ne faut cependant pas entendre
"dérisoire" comme un synonyme de "ridicule,
minime, insignifiant", ainsi que beaucoup de personnes ont
tendance à le croire, mais comme ce qui va droit au but
et que tout le monde peut comprendre. En effet, le Japonais met
environ vingt minutes pour lire un volume de 320 pages, le temps
du trajet en métro de son domicile à son lieu de
travail. Le prix est également dérisoire, tout comme
le papier sur lequel les séries sont imprimées car
au Pays du Soleil levant, aussitôt lu, aussitôt jeté.
Le
terme "manga" apparaît en 1814, forgé par
Katsuhika Hokusaï, et a longtemps désigné des
caricatures publiées dans les journaux. Vers 1900, les
premières bandes dessinées japonaises ont été
regroupées sous ce terme et sont publiées dans des
magasines hebdomadaires (comme Spirou dans nos régions).
Ces revues, dont il en existe environ
300 différentes au Japon, sont ciblées sur certaines
catégories d'âges et sur le sexe : par exemple, les
shônen mangas sont destinés aux jeunes garçons
et les shôjo mangas pour les adolescentes.
Les magazines, de même que
les séries, visent bien souvent un public particulier :
le salary man, le jardinier, l'infirmière, la cuisinière,
la jeune adolescente fleur bleue, l'adolescent basketteur, etc.
Ces magasines ont néanmoins
des différences avec notre Spirou. D'abord la taille :
5 cm d'épaisseur, 25 cm de hauteur et 17 cm de long. Ce
sont des tailles approximatives car ces magazines ne sont disponibles
qu'exceptionnellement en Belgique. De plus, au Japon, on utilise
du papier recyclé, d'où un prix défiant toute
concurrence. Ensuite, le fonctionnement diffère aussi :
dans Spirou, la série qui est ainsi pré-publiée
en épisode est assurée d'une parution en album cartonné.
Un magasine japonais (qui dépend également d'une
maison d'édition) publie lui aussi les séries en
épisodes, mais il est fréquent de trouver dans les
pages du magasine des cartes à renvoyer à la maison
d'édition et où le lecteur exprime son avis sur
les séries pré-publiés. Ainsi, d'une semaine
à l'autre, une série peut passer aux oubliettes
alors que tous les épisodes ne sont pas encore parus. Dur,
dur…
Par
contre, si une série est plébiscitée, elle
peut alors paraître en albums. Ces derniers sont proches
des livres de poche que nous avons, et c'est sous ce format également
que les maisons d'édition européennes publient les
mangas. La plupart des volumes n'ont pas de couverture : ils sont
placés dans une jaquette légèrement plastifiée.
Il en est ainsi également en Europe, sauf pour les séries
éditées chez Glénat. Grrr.
Ainsi, ce que nous voyons du manga, nous autres Européens,
est bien souvent la partie visible de l'iceberg.
Au Japon, une série en bande
dessinée peut connaître un succès échelonné.
Lorsque le manga a cartonné auprès des lecteurs,
il peut être adapté en dessin animée, d'un
nombre plus ou moins grand d'épisodes, avec même
certains inédits par rapport à la BD. Il existe
parfois même des séries joués par de vrais
acteurs. Le deuxième stade qui prouve le succès
d'une série est le développement de produits dérivés
tels que jeux vidéo, rami cards, figurines, t-shirts, etc.
Un troisième et dernier
stade est la réalisation d'un film long métrage,
basé sur la série. Cette étape est néanmoins
très rare car la plupart de ces films animés sont
des productions originales, réalisées par tout un
studio, à l'exemple des films de Disney. Mais il faut reconnaître
que la plupart des dessins des séries télévisées
sont de piètre qualité, alors qu'il existe des films
qui sont d'une qualité graphique remarquable, tel le superbe
et génial Ghost in the Shell.
Christophe Merlin
Image Hokusaï
: © Casterman 1996
Image Jaquette : © 1983 Masakazu Katsura, Shueisha Inc. (Pour
la version originale)
© 1997 Média Système Edition (Pour la version
française)
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