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Considérations sur l'avenir du
Manga
L'arrivée du dernier volume
de Dragon Ball me ravit comme beaucoup d'autres
car enfin le dénouement de la série sera connu de
tout le monde. Tous ceux qui ont découvert la série
grâce à la télévision ont été
frustrés de ne jamais connaître l'aboutissement de
la bataille de Sangoku et Cie contre le méchant Boo. Cela
a commencé en France, où le comité de psychologues
de TF1 a interdit la diffusion des derniers épisodes de
Dragon Ball Z sous prétexte qu'ils étaient
trop violents. Je demande à voir car si je lis le manga,
il n'y a rien de bien nouveau de ce point de vue par rapport à
l'ensemble de la série. La décision de ce comité
de censeurs français a été répercuté
en Belgique puisque Club- RTL a reçu la série Dragon
Ball avec les épisodes finaux manquants, mais elle
diffuse actuellement la fin de la série inédite
sur les écrans, sans soulever le moindre vent de protestation.
Le regard des adultes aurait-il évolué à
l'égard du manga en comparaison à il y a quelques
années ?
Bref,
je suis donc heureux de voir comment les héros font face
à Boo et comment celui-ci est envoyé en enfer (Image
Boo). Mais d'un autre côté, quelque chose me perturbe,
voire m'inquiète, et ici, une petite réflexion d'ensemble
sur l'avenir du manga chez nous s'impose. Commençons par
un chiffre : 30 %. C'est le chiffre d'affaire du manga pour Glénat,
la maison qui édite Dragon Ball. Comment va-t-elle réagir
face à la fin d'une série qui lui assurait d'être,
à chaque parution de volumes, à la tête des
ventes BD ? D'ailleurs, combien de romanciers peuvent se targuer
de vendre 100.000 exemplaires en France ? Ajoutons à cela
que d'autres séries à succès sont arrivées
au bout de leur publication : Fly, City
Hunter (= Nicky Larson). De plus, une autre
série à gros tirage va arriver à terme dans
peu de temps : Saint Seya (= Les chevaliers
du Zodiaque).
Les séries encore en cours
de parution et souvent présentes dans les hit-parades de
vente sont : Ken le survivant et Kenshin. D'autres font des apparitions
furtives entre les 5 et 10 premières ventes BD et ne restent
pas plus d'une semaine : Yu-Gi-Oh, Hunter
X Hunter, Detective Conan, Olive et
Tom, Shaman King, Ranma ½,
Evangelion. Malheureusement, Ranma ½
va sans doute bientôt s'achever également et ne paraît
que trois fois l'an, alors que les autres séries précitées
sortent en gros une fois par mois. Par contre, dans le cas d'Evangelion,
il n'y a qu'un seul volume par an.
Dès
lors, quelle sera la réaction du public ? Soit il se dit
: " Ben, tiens, mes séries favorites sont achevées,
je vais me tourner vers d'autres, histoire de découvrir
d'autres choses qui se font en manga ", soit il se dit "
Bon, ben, je vais acheter les séries que je connais grâce
à la TV [c'est-à-dire Cobra,
Ken le survivant, Olive et Tom, Ranma
½, et Kenshin si le lecteur regarde
VT4], en attendant d'autres séries comme La maison Ikkoku
(= Juliette je t'aime) ". A mon avis, c'est ce dernier avis
qui primera car le lecteur est déjà rassuré
face à ces séries : il les connaît déjà
par le biais de la télévision.
Et encore : ces séries ne
s'adressent qu'à un public qui a connu le Club Dorothé.
Ma génération, quoi, pas celle des 12-16 ans actuellement.
Rajoutons, si l'on regarde les listes de meilleures ventes, que
des séries diffusées à la TV et qui existent
en BD, comme Cobra, Goldorak, Wingman
(d'ailleurs arrêté en cours de parution pour cause
d'insuccès), Le collège fou fou fou
(dont il existe déjà deux volumes aux éditions
Tonkam), Astro le petit robot ou encore
Cat's Eye n'ont jamais figuré dans le Top 10.
Alors, quel avenir pour le manga
? Est-ce qu'en 10 ans d'existence en BD chez nous, le manga a
su se fidéliser un public ? Est-ce que celui-ci n'aura
pas peur d'aller vers l'inconnu et découvrir des séries
qui ne font pas grand bruit, mais qui en valent franchement la
peine, surtout qu'elles n'ont jamais été diffusées
télévisuellement et jamais la presse n'en fait état,
alors que la BD francophone à de ce point de vue-là
pignon sur rue. Il suffit de comparer un rayon manga et un rayon
BD bien de chez nous dans n'importe quel magasin.
Le manga est cantonné dans une étagère ou
dans deux-trois présentoirs en tourniquet, toutes les séries
ne sont pas disponibles. C'est pas que les manga gênent,
nooon, ou alors si peu. Dragon Ball, volume 42, dernier de la
saga paraît : cela devrait être normalement un événement.
Et bien non : il y a peut-être 10 albums maximum par librairie,
placés nonchalamment entre les dernières parutions
BD.
La BD francophone maintenant : alors là, on trouve tout
ce qu'on veut (albums, auteurs). Jusque dans les produits dérivés.
Dès que de nouveaux albums arrivent, ils sont placés
sur une table ou dans un endroit où ils sont bien en évidence,
et même ils ont droit d'apparaître à la vitrine.
Le dernier Largo Winch paraît. Attention :
événement majeur. Branle-bas de combat : il faut
mettre le paquet. Encarts publicitaires dans la presse écrite,
prépublication dans un magasine, reportages au journal
télévisé, interviews radio, et 100 albums
au bas mot par librairie.
En résumé, le manga chez nous est complexé
et timide. Il ne se sent à l'aise que dans des librairies
spécialisées. La faute à qui ? Certainement
pas aux lecteurs. Le manga souffre encore des brimades subies
par les adultes : " C'est débile, infantilisant, trop
violent, grossier, dépourvu de la moindre intelligence,
ça rend épileptique, trop de sexe " et autres
remarques qui sont autant de preuve d'une méconnaissance
profonde de ce qu'est véritablement le manga. Ah, ces gens
qui sont toujours à regarder dans l'il de l'autre
la paille qui s'y trouve, de peur d'avoir à observer la
poutre dans leur il.
Christophe Merlin
Image Boo : copyright 1981 Akira
Toriyama / Bird Studio (Pour la version originale)
copyright 1999 Sarl, Comics USA / Glénat (Pour la version
française)
Image Cat's Eye : copyright 1981 by Tsukasa HOJO (Pour la version
originale)
copyright 1998 Tonkam (Pour la version française)
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