|
Peter Pan (2)

Ainsi Peter comprend, petit à
petit, l'importance du trésor de ses amis (T.3: Tempête).
S'ils sont si peu nombreux aujourd'hui, c'est parce que les hommes
ont trouvé d'autres intérêts à leurs
rêves : la puissance, la richesse, le pouvoir... Depuis,
c'est l'hécatombe. Nombreuses sont les créatures
qui ont dû fuir pour se réfugier sur cette île
hors du temps. Heureusement, il reste les enfants avec leur faculté
de ne rien remettre en question... Et Peter, sur qui repose la
vie des derniers représentants du peuple imaginaire. Car
il n'y a pas de hasard, il est le seul que Clochette pouvait aller
quérir. Voilà donc son destin : sauver ce trésor
qui contient le symbole, la trace, la mémoire de l'enfance...
Et ça, ce n'est pas le genre de trésor que cherche
le Capitaine. S'il venait à le découvrir, cela signifierait
la mort de tous. Peter imagine alors de remettre au Capitaine
les richesses qui traînent dans les épaves échouées.
Pensant enfin posséder ce qu'il voulait, le capitaine s'en
irait... Mais les projets des amis se trouvent vite perturbés
par les pirates soupçonneux. Ce soir de tempête,
une violente altercation prend place laissant Pan au bord de la
mort. Pour Peter, seule la science de Mister Kundal pourrait sauver
son ami. Retour à Londres.
Cet album est très dur psychologiquement pour le petit
Peter. D'abord il voit son ami, Patte de Chèvre, mourir
lentement. Ensuite, son retour à Londres marque la fin
définitive de la relation avec sa mère : "Je
ne t'aime pas" lui dira-t-elle ouvertement. Ses seuls amis
dans le "vrai monde" restent Mister Kundal et les enfants
de l'orphelinat. La rencontre avec ses copains montre encore l'insouciance
de Peter : il continue de raconter ses histoires alors que la
vie de Pan est entre ses mains. Car Peter est un enfant et ne
veut pas devenir adulte... Peter vit hors du temps. Il vit dans
ses aventures, un peu inconscient, mais les démons qui
l'habitent ne sont pas totalement enfouis. Les émotions
sont fortes. Pas besoin de mots pour retranscrire le choc ressenti
par Peter suite à la terrible phrase de sa mère,
ni même de larmes pour faire s'exprimer la solitude et
la profonde tristesse du garçon. Le dessin de Loisel est
juste. Il dégage les émotions appropriées
à la scène et ses couleurs les décuplent.
Sous ses traits, l'action se joue, l'action prend vie...
Mais
voilà, la vie de Pan s'est éteinte à jamais
(T.4 : Mains rouges). Malgré les bons soins de Peter, Pan
n'a pas survécu à la balle du Capitaine. Peter se
sent coupable et ne peut surmonter sa peine. Après une
longue période de désordre mental, Peter accepte
enfin le décès de son ami et décide de se
venger... Le Capitaine a tué Pan, le Capitaine le paiera
de sa main droite ! Attention aux représailles... Prévoyant,
Peter s'en va à Londres chercher ses amis afin de constituer
une équipe de combattants. Les routes là-bas ne
sont plus sûres... La nuit, un homme rôde et égorge
de pauvres femmes comme cette prostituée, dénommée
Mary Ann Nichols...
Ici, Peter
côtoie la mort. Dans le monde imaginaire, Pan a disparu...
A Londres, le tristement célèbre Jack l'Eventreur
a fait son apparition. Les rues du monde "des adultes"
sont de plus en plus noires et morbides alors que sur son île,
déjà, les malheurs passent... Les adultes apparaissent
comme des monstres en contradiction avec les enfants innocents.
C'est aussi dans cet album que Peter devient Peter Pan. Pan est
mort, Peter veut incarner son ami. Par la tresse qu'il se fait
faire c'est un peu de Pan. Par la flûte qu'il s'accroche
autour du cou, c'est un peu de son souffle. Ainsi est né
"Peter Pan".

|