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Peter Pan
Ou comment Peter Pan est devenu Peter
Pan ?

Peter Pan de Regis Loisel,
ce n'est pas l'histoire de Disney telle que tout le monde la connaît.
Ce n'est pas non plus une adaptation conforme de l'oeuvre de Sir
James Matthew Barrie, célèbre créateur du
petit garçon qui refuse de grandir... Non, Peter Pan
de Régis Loisel, c'est "l'avant Peter Pan" de
Sir James Matthew Barrie : c'est ce qui a amené Peter à
devenir Peter Pan, c'est le monde de l'enfance tel que vécu
par ce jeune Londonien...
Dès
le premier tome (T.1 : Londres), Loisel plante le décor.
Un décor sombre et triste. Dans la ville de Londres, Peter
est un jeune garçon comme les autres, malheureux et abandonné.
Sa mère ne l'aime pas mais lui continue de se l'imaginer
douce et gentille. Mister Kundal, un homme d'un certain âge,
est son seul ami. C'est un homme plein de bonté, qui le
nourrit et l'instruit. Grâce à lui, Peter sait lire,
écrire et même compter. Mais surtout, Mister Kundal
lui raconte des histoires. Il entretient son imaginaire, loin
de l'imaginaire des adultes... Peter doit se préserver
du "Grand Gourmand" : le temps... Pour ne pas grandir
trop vite... Car la plus fabuleuse des histoires, n'est-elle pas
celle d'avoir été un enfant ? Alors, il faut y croire
: croire au pouvoir de l'imaginaire...
Si Peter possède un point commun avec son père,
c'est bien les histoires et les rêves qu'elles procurent.
Mister Kundal a bien connu le père de Peter. C'était
un jeune homme ombrageux qui perdit ses parents très tôt.
Quelqu'un de mélancolique qui ne rêvait que de partir
au loin sur son bateau... Seul reste un livre rempli de fabuleuses
histoires sur la mythologie grecque, un livre que Mister Kundal
remet à Peter, un dernier héritage... Banni de chez
lui, Peter se réfugie dans les pages de l'ouvrage quand
une petite fée fait son apparition pour l'emmener loin...
Ainsi débute l'histoire de celui qu'on connaît sous
le nom de Peter Pan. Loisel fait un portrait profond et fragile
du jeune garçon. Il fait de l'introspection en étudiant
l'univers du personnage. Ici le monde n'est pas tout rose, au
contraire : la ville est froide, la vie de Peter est dure et sans
amour, les adultes qu'il rencontre sont cruels et malsains et
même sa mère le rejette violemment et le maltraite.
Un contexte marquant dans la vie d'un enfant... Voilà pourquoi
Peter Pan refuse de grandir. Voilà pourquoi Peter Pan se
raconte des histoires. Voilà pourquoi Peter Pan, sous une
apparente désinvolture, ne peut cacher une grande tristesse.
Et
Peter Pan s'envole (T.2: Opikanoba). Grâce à Clochette
et à sa poussière de fée, il atteint le pays
imaginaire. Malheureusement, il atterrit sur le pont du bateau
des pirates qui, au vu de son pouvoir de voyager dans les airs,
s'en accommoderait bien comme moussaillon. Devenir pirate... Qui
plus est un pirate volant... Pour Peter qui rêve d'aventure,
ce n'est vraiment pas de refus ! Mais ça, Clochette ne
l'avait pas prévu. Elle qui avait été envoyée
par Pan et ses amis, les habitants de l'île, pour aller
chercher un sauveur, celui qui empêcherait le capitaine
des pirates de s'emparer du trésor... A peine débarqué,
Peter se voit entraîné dans de terribles épreuves.
Sur l'île, il est poussé au cœur même
de l'Opikanoba, un lieu terrifiant où il faut faire face
à ses propres peurs, sa réalité, sa mort...
Sous l'emprise de l'Opikanoba, Peter révèle sa haine
et des pulsions peu communes à l'égard de sa mère.
Heureusement, Pan sauve le jeune garçon des brumes révélatrices.
Remis de ses émotions, Peter accepte de devenir LE chef
pour sauver le trésor des pirates "pour finir pas
si gentils que ça"...
Loisel
dévoile encore plus la personnalité de Peter en
accentuant ses peurs, ses blessures, par le biais du pouvoir de
l'Opikanoba. Peter est fragile sous ses airs de mauvais garçon.
Il est touchant et même particulièrement attendrissant
devant Clochette. Ici aussi, Loisel choisit de dévoiler
les défauts de la petite fée, sa jalousie et sa
susceptibilité, pour qu'on s'y attache inexorablement !
C'est aussi qu'avec Loisel, les femmes ont du charme !
La rencontre avec le peuple de l'île nous expose à
Patte de Chèvre (correctement nommé Pan) et aux
derniers êtres imaginaires (centaures, sirènes, korrigans
etc.). Face à eux, nous découvrons LE trésor
: le rêve des enfants, créateur de personnages merveilleux.
Le rêve des enfants, c'est l'espoir, la magie de l'inconnu,
le souffle de l'imaginaire. C'est le fil qui retient ces petits
êtres à la vie et les empêche de tomber dans
les puits de l'oubli...

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