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Kwaïdan (2)
Hayao
Miyazaki. L’auteur de Princesse Mononoké et du Voyage
de Chihiro. L’une des sources de Jung. Le clin d’œil
le plus significatif est sans doute le bras de Setsuko transformé
en racine. Un membre cancéreux, végétal,
un symbole du passé qu’il faut savoir couper, pour
s’accepter soi-même.
L’acceptation de soi. Le
thème central de la série selon Jung. Setsuko doit
apprendre à accepter sa difformité. Son amant aveugle,
Seminaru, doit accepter de ne pas voir. Les fantômes doivent
accepter de mourir et de se dissoudre dans le néant, comme
des bulles de savon. L’un des points les plus subtils et
les plus intéressants de cette série est la distinction
qu’elle opère entre l’acceptation de soi et
le reflet de soi. Setsuko, masquée, défigurée,
n’est qu’un regard. Son vrai reflet n’est pas
son image dans le lac, illusion narcissique, mais l’amour
d’un aveugle, c’est-à-dire un visage dont il
ne manque que le regard.
Regard. Toujours très
important dans une bande dessinée. Où va le regard
? Qui regarde qui d’autre ? Que peut-on voir ? Que doit-on
montrer ? Dans Kwaïdan, le thème de regard croise
une variation sur l’invisible. Les personnages, par exception,
peuvent voir les fantômes. Ils peuvent même devenir
invisible au regard des fantômes, pour peu que leur corps
nus soit couvert de textes sacrés.

Textes sacrés. Une autre
exception, peut-être une ambiguïté dans Kwaïdan.
Peindre sur soi des textes sacrés protège des fantômes.
Mais pourquoi ? Lorsqu’Akane enferme un de ses serviteurs-fantômes
dans une pièce tapissée de textes, le fantôme
crie qu’il ne veut pas entendre ça. Pourtant, lorsque
Setsuko utilise les textes sacrés que les bonzes ont peint
sur son corps, les guerriers-fantômes qui la poursuivent
ne se bouchent pas les oreilles. Ils semblent simplement ne plus
la voir. Akane donne une partie de la réponse, les textes
permettent de contempler “ cet au-delà où
nous refusons de nous rendre ”. Ni image ni son, mais seulement
texte. La BD avoue sa limite et son échec représenter
le néant. Que Jung ne parle pas japonais et que les puristes
ne doivent rien attendre de la traduction
des caractères représentés dans Kwaïdan
n’enlève rien à l’affaire. Au contraire,
presque. Recopiés au hasard, ces caractères, qui
ne portent aucun discours, ne signifient plus rien que l’altérité
absolue : dans la BD, la fin de l’image.
La
fin de l’image. Ce n’est pas seulement, cela serait
trop simple, le fait qu’il n’y a pas d’image
après le mot fin. C’est aussi, et l’on retrouve
ici un des textes sous-jacents de Kwaïdan, une conscience
de la limite. Seminaru, le peintre aveugle, peint et repeint toujours
la même princesse. Pourquoi recommence-t-il ? Parce que
son œuvre n’est pas terminée. Pourquoi n’est-elle
pas achevée ? Parce que, cela, il ne peut pas le faire
seul. La peinture de Seminaru atteint la perfection quand Setsuko
pleure sur elle, et de ses larmes brouille le visage de la princesse,
qui devient ainsi son reflet. Il n’y a pas beaucoup de BD
qui donnent, vraiment, envie de pleurer. Kwaïdan peut se
vanter d’être du petit nombre.
Envie
de pleurer. Les larmes d’eau, les larmes de sang, sont un
motif majeur de Kwaïdan. On pense à Sambre, bien sûr,
à Bernard qui, de ses doigts ensanglantés, achève
le tableau de Julie, ce qu’un peintre n’aurait jamais
pu faire. Jung a travaillé, un peu, dans l’atelier
d’Yslaire. S’il dit aujourd’hui ne pas se souvenir
de Sambre, il reconnaît volontiers que sa lecture fut très
marquante.
Julie Sambre.
P. 20 de L’esprit du lac, la scène de l’accouchement.
Si la paysanne n’est pas une cousine de Julie Sambre, le
critique veut bien qu’on lui coupe la tête.
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