Kwaïdan

Kwaïdan - T.1: L’Esprit du lac -T.2 Setsuko - T.3: Métamorphose
Scénario: Jung & Jee-Yun - Dessin: Jung
Editions : Delcourt

Kwaïdan, c’est l’histoire d’une parenthèse. Dans le Japon du XIIe siècle, deux sœurs attendent et ne voient rien venir. Leur Ulysse est parti à la guerre, la guerre est longue et il ne revient pas. Comme dans l’Odyssée, les prétendants se bousculent au château. Comme dans l’Odyssée, Pénélope les refuse. Mais qui est Pénélope ? Qui épousera Nanko-san ? Orin, la belle ou Akane, la savante ? Pour “ égaliser ” les chances, Akane triche et jette un flacon d’acide au visage de sa sœur. Défigurée, toujours sans nouvelle de Nanko-san, Orin choisit de se noyer dans le lac qui borde le château du clan Okada. L’image suivante, bien entendu, montre le retour du guerrier. Akane a-t-elle gagné par défaut ? Elle a perdu, bien sûr. Le choix de Nanko-san était fait depuis longtemps. Il n’a jamais aimé qu’Orin et, puisqu’il ne peut plus la voir, ses yeux ne servent plus à rien. Deux flèches. Deux blessures. Taches rouges sur la neige blanche. Les kimonos d’Orin étaient l’un rouge et l’autre blanc. Ouvrez la parenthèse.

Est-ce la douleur, le sacrifice, l’association des couleurs ? Le fantôme d’Orin surgit du lac et promet à Nanko-San la rédemption. Nanko-san l’embrasse et, logiquement, se noie. Akane reste seule. Deux siècles plus tard, Setsuko, une petite fille sans visage, comme Orin, mais vêtue de vert, comme Akane, vit en marge d’un village de pêcheurs. Sa difformité, cachée par un masque, lui interdit de jouer avec les autres enfants. Elle voulait faire voler un cerf-volant de couleur rouge…

En dire plus est presque un crime, tant on voudrait que le lecteur découvre seul les mystères de Kwaïdan. Puisque le temps s’est arrêté, quelques pistes, comme autant d’énigmes, comme si le critique, lui aussi, était devenu un fantôme.

Les papillons. Kwaïdan est une trilogie (L’esprit du lac, Setsuko, Métamorphose). Le papillon aussi doit vivre trois étapes, de la chenille affreuse au beau papillon blanc. De l’aveu même de l’auteur, le troisième tome de Kwaïdan aurait pu s’appeler Chrysalide. p. 11 de Setsuko, l’envol des feuilles blanches préfigure déjà les papillons de Métamorphose.

Métamorphose. p. 19 de L’Esprit du lac une flèche transperce trois arbres en un seul coup. p. 47, l’image s’arrête : un flot de sang jaillissant d’un fantôme transperce trois bambous. Le cadrage change, l’action demeure.

Action. Comment traiter l’action dans une histoire de fantôme ? Quel peut être l’enjeu pour les êtres immortels ? On croise dans Kwaïdan des fantômes de soldats et des fantômes d’enfants. A quoi ressemble la vie d’un fantôme de soldat ? Peut-on continuer la guerre après sa mort ? Transpercé par des flèches, fait-on encore partie de la troupe ? Cette question peut recevoir deux réponses. Oui, et Non. Dans Kwaïdan, Oui et Non deviennent des personnages. Oui : la troupe de fantômes au service d’Akane. Non : un pauvre bougre picaresque mais qui a réfléchi un peu plus que les autres. Toshiro Ikeda, mort en 1383 à Miyazaki.

 


 
 
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