Dessine-moi Féerie... L’univers de René Hausman (2)

Lorsque Beauté rime avec Cruauté…

Ce qui caractérise les oeuvres de René Hausman c'est ce sentiment étrange qui nous émerveille tout en nous laissant un arrière-goût amer. Les histoires nous plongent dans des mondes féeriques, un pays de rêve, un conte de fée. La couleur directe (Hausman colorise directement ses planches) donne un cachet de grande valeur aux réalisations et le dessin sublime nos regards. Malgré tout, il y a quelque chose de triste, de perdu, de nauséeux. Une injustice, un cri étouffé, un malaise. On sait que l'humour a quelque chose de léger alors que la tristesse est un gouffre. C'est cette tristesse que le dessin d'Hausman explore. Le côté sombre de nos âmes. Un côté sombre qui est d'autant plus mis en valeur que les personnages d'Hausman nous apparaissent d'une fragilité étonnante. La cruauté des puissants envers les faibles en est renforcée. C'est toute notre culture des contes à la Grimm qui reçoit une claque puissante. Ici les fées sont frivoles, les lutins luttent pour leur survie. Ici, il n'y a pas de miracles à la Disney. Les héros meurent, le sang coule, discrètement, mais il se répand vraiment. Parce qu'il sait rester vrai tout en nous emmenant dans l'Imaginaire, René Hausman a su toucher nos âmes de passionnés.


Des héroïnes au physique particulier

Autre point commun dans les bandes dessinées d'Hausman cette façon de se représenter l'idéal féminin qui est loin des canons de beauté "à l'américaine".
Ici pas de grande blonde pulpeuse mais plutôt de petites brunes un peu potelées. Et lorsqu'on sait que la sensualité réside dans la chair, ces petites héroïnes pourraient bien pousser à quelque péché! La sensualité et un certain érotisme ne sont donc pas absents. Discrets chez Laïyna, ces aspects se font particulièrement présents dans Les trois cheveux blancs (Le sexe étant même une trame primordiale à l'histoire!).
Et pourquoi surtout des brunes? Sans entrer dans les goûts personnels de René Hausman (mais il y a de ça, sans doute), l’auteur s’est inspiré, pour Laïyna, d’un personnage de La Source d’Ingmar Bergman. Il s’agit de la servante de l’héroïne. Cette jeune femme brune, enceinte et sorcière... Le rapprochement physique est certain, Laïyna a tout de cette “sauvageonne”.

On ne saurait trop recommander aux passionnés des mondes féeriques de compter au nombre de leurs trésors les albums dessinés par Hausman. C'est un style unique auquel on prend très vite goût. Bien entendu, il faut vous mettre en garde. Entre les bandes dessinées et les illustrations, il n'y a qu'un pas. Vous vous retrouverez rapidement ensorcelés, courant d'expositions à festivals, de magasins spécialisés à brocantes, à la recherche éperdue de quelque ex-libris, sérigraphie ou affiche signée Hausman. Comme si ce joueur de Cornemuse (voir notes) avait composé une mélodie insolite, charme magique pour vous envoûter et mener votre âme à rechercher toute entrée vers un royaume invisible et pourtant si présent…

Christophe Van De Ponseele

Notes:
- pour ceux que les coquineries intéressent, la période Fluide Glacial d'Hausman se retrouve dans un album intitulé: "Allez couché, sale bête!", aux éditions Dupuis, 1991.
- René Hausman est un artiste pluridisciplinaire comme on les aime ! Illustrateur, sculpteur, il est également musicien. A son actif un disque paru chez Alpha en 1974 : Les Pêleteus.
- René Hausman a décoré un restaurant à Verviers (Belgique), situé rue Pont-Saint-Laurent. A l'Ogre de Barbarie, on y mange bien (surtout les moules !) et on se délecte du décor…
- Un site où vous pourrez découvrir de nombreuses oeuvres d'Hausman :
http://www.ifrance.com/bdeuro/hausman/
- Enfin, pour ceux qui aiment à remonter les courants, René Hausman a pour maîtres à penser : Calvo (surtout!), Rabier, Pellos Gus Bofa et Trnka

 
 
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