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Dave Gibbons’ Originals – Editions USA (2)
2005 Eisner Award 2005 : The Originals
Annoncé et repoussé à de multiples occasions chez Vertigo, The Originals est finalement sorti fin 2004 et s’est vu récompenser dans la foulée par l’un des prix annuel les plus convoités : l’Eisner Award du meilleur album de l’année.
Comment définir avec justesse ce qu’est Originals ? Sans doute est-ce l’auteur qui en parle le mieux :
"Quand j’étais gamin, j’étais un Mod (Ndt : jeune qui prend soin d’appartenir à un groupe en suivant des codes vestimentaires et de conduite bien précis), explique Gibbons ; et ceci a eu beaucoup de conséquences sur ma vie, sur mes goûts, sur mes activités d’adulte.
Quand j’ai commencé de travailler sur The Originals, cela faisait longtemps que je pensais à réaliser un projet de bout en bout (dessin et écriture), quelque chose de consistant, pas une histoire courte, ou une mini-série en 3 ou 4 épisodes, un «véritable album ». Alors, j’ai commencé à réfléchir à ce que je souhaitais raconter, aux choses que j’avais à dire, à partager, aux expériences que j’avais vécues et qui pourraient rentrer en résonance avec d’autres expériences. Je voulais que les lecteurs puissent se retrouver dans mon histoire. Je ne voulais pas non plus quelque chose de totalement autobiographique, cela n’aurait pas été intéressant, alors j’ai choisi de transposer mon histoire, les personnes que j’avais pu rencontrer et côtoyer dans un univers qui serait la reproduction du monde tel que je l’avais ressenti à l’époque.
C’est pourquoi The Originals se situe dans un monde qui pourrait être l’Angleterre mais qui ne l’est pas vraiment, à une époque qui pourrait être les années 60, mais qui ne l’est pas non plus, c’est mon petit monde, tel que je l’ai vécu, tel que je l’ai ressenti…"
Si Gibbons dessine les scooter comme des machines volantes, des glisseurs au look rétro, c’est parce que c’était ainsi qu’ils étaient considérés par les jeunes gens de son âge : des machines formidables, issues d’une technologie futuriste et mises à leur disposition comme une véritable révolution industrielle.
L’histoire racontée par The Originals est celle de deux jeunes garçons similaires à bien des égards aux jeunes d’aujourd’hui. Lel et Bok sont amis d’enfance, et c’est ensemble qu’ils vont grandir, apprendre la vie en en parcourant les allées les plus obscures, apprendre l’amour en se déchirant pour une fille ; apprendre que la vie, c’est souvent faire des choix irréversibles...
De l’aveu de l’auteur lui-même, cet album représente deux choses pour lui : d’abord le défi de réaliser en solo un album de 160 pages et ensuite, un formidable instrument émotionnel pour exorciser ses doutes, ses mauvais souvenirs.
Réaliser l’album en noir et blanc était également un choix savamment pesé par l’auteur. L’atmosphère qu’il souhaitait refléter est à la fois sombre et pessimiste ; grandir, c’est faire le deuil de son enfance; et même si la vie d’adulte possède ses atraits, la plus grosse frustration que l’on éprouve à quitter l’insouciance de ses jeunes années, c’est que l’on ne l’a pas choisi. Un jour, à son réveil, on découvre que l’on a franchi la frontière, un matin, les fées de l’enfance se sont envolées et on est adulte.
Terminons avec ce mot de l’auteur :
"Ecrire et dessiner un album de 160 pages est un travail totalement différent de l’écriture d’une série d’épisodes de 20 pages pour lesquels on reçoit régulièrement des retours, pour lesquels on a rapidement des raisons de satisfaction ou de déception… Lorsque je travaillais sur The Originals, j’étais seul avec moi-même. Achever un projet d’une telle ampleur est très gratifiant, on se sent fier et heureux, même si immédiatement après avoir clôturé la dernière page, mon univers me manque déjà..."
La suite: Quelques mots avec l'éditeur français
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