Les Femmes et la BD fantastique (3)

L'intangible Algésiras

Algésiras n'est aujourd'hui âgée que de 29 ans et pourtant, en tant que dessinatrice et scénariste, elle nous offre déjà un petit bijou de BD fantastique: Candélabres !
C'est en Afrique, à Bangui, en 1972, que cette jeune fille voit le jour. Elle passera les seize premières années de sa vie dans ce pays avant de retourner en France où elle réussira un bac scientifique. Elle entamera ensuite, sous les encouragement de sa professeur de dessin, le concours d'entrée de l'école des Beaux Arts d'Angoulême. Ses parents, de fervents lecteurs de bande dessinée, lui transmirent aussi leur passion ! Après quatre années de travail et de multiple rencontres, Algésiras travaille sur un projet de récit qui prendra le nom de " Candélabres ". Entre temps, elle effectuera aussi sur de la traductions de scénarii et du lay-out de dessins animés. Parmi tous les genres en bande dessinée, un prédomine incontestablement dans ses préférences : le fantastique ! Et en tête, le fantastique américain. Une influence de cette littérature fantastique américaine est peut-être même à déceler dans le scénario de Candélabres. Algésiras avoue être très sensible à ce qui se fait à l'étranger (par exemple, par ce que fait Bisley, Moore, Baker, Matsumoto etc.). En Europe, elle se sent plus proche d'Andréas, Frank, et Cosey, trois grandes figures de la BD !

Candélabres

Candélabre, c'est l'histoire d'un jeune garçon, Paul Klarheit, confronté à des êtres intangibles, des êtres immatériels apparentés au feu. Dans le premier tome, Julien Soledango, un candélabre le sauve mystérieusement d'un incendie et lui permet de recouvrer l'usage de ses jambes paralysées. Mais le prix à payer pour ce miracle est grand : il doit devenir le gardien d'une source de feu enfouie au plus profond de son corps, une source qui souvent s'embrase et lui fait subir de fortes poussées de fièvre. Grâce à cette source, il a le pouvoir de voir les candélabres mais surtout, il a le don de la danse, le pouvoir de ses jambes qui le font virevolter comme un oiseau… Tout se complique dans le deuxième tome lorsqu'une fillette turque semble percevoir le mal dont il souffre et lorsqu'elle le mène vers un tableau représentant un groupe de dix candélabres… Ces même candélabres qui tentent de lui voler ses précieuses étincelles…

Une grande élégance

Ces deux tomes déploient en effet la grande élégance d'Algésiras. Elégance dans le trait et élégance dans la narration. La couverture du deuxième album confirme à elle seule ces dires ! Elle est simple mais tellement explicite : elle reprend en effet les éléments clés de l'histoire. Tout est dit en un seul dessin très expressif. Tout au long de son récit, Algésiras met en scène des personnages aux traits fins et sensibles, et à la personnalité forte et individualisée. Son scénario construit autour d'un seul narrateur central, entraîne un découpage rigoureux de l'histoire. Ce découpage permet une structure claire et précise du récit et permet à chaque lecteur de se resituer dans l'espace et dans le temps. Impossible d'être perdu donc ! Avec subtilité, Algésiras créera chez le lecteur un sentiment de manque, de vide, engendré par l'absence de plus en plus répétée de Soledango, le " protecteur " de Paul. Autant par son dessin flamboyant que par son scénario authentique, elle éveillera une multitude d'émotions chez le lecteur… Un très belle version du fantastique par une auteur hors pair !

 

 
 
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