Le 7e Art en costumes moulants

par Cédric Le Gall

Genre créatif toujours considéré comme mineur, la bande dessinée, et en particulier le comics, a mis du temps avant de trouver ses marques au cinéma. Petit retour sur le cinéma de super héros, genre en plein boom actuellement, avec la sortie de 3 films cet été : Spiderman 2, Catwoman et Hellboy

Débuts difficiles

Le premier super héros à faire son entrée sur la toile dans nos contrées est Superman en 1978. Bien d’autres essais sont tentés avant outre-atlantique, et même au japon, avec Spiderman ou Batman, mais tous ces films restent à l’état de nanar et de toute façon n’arrivent pas en Europe. Réalisé par Richard Donner et superbement interprété par Christopher Reeves et Gene Hackman, ce premier opus consacré à l’homme d’acier est un succès énorme dans le monde entier. Marlon Brando, alors la superstar qu’on connaît, y joue un petit rôle, celui du père de Superman. Malgré tout ce film est tiraillé entre la comédie et l’action. Après un Superman 2 qui reste correct en 1980, la série qui aura encore deux suites en 1983 et 1987, bascule vers le ridicule, tendance à peine tempérée par la sortie de Supergirl (Jeannot Szwark, 1984) sauvée par la présence de Faye Dunaway, Peter O’Toole et Mia Farrow.

Pendant deux ans, rien à se mettre sous notre dent de comics-fan, puis en 1989, là miracle, la sortie de Batman. Réalisé par un Tim Burton tout juste auréolé de son succès avec Beetlejuice, le film dépeint très bien l’univers très noir de l’homme chauve souris. Malgré un Michael Keaton décrié par les fans, mais dont on s’apercevra plus tard qu’il sera le meilleur Batman et grâce à un Jack Nicholson stupéfiant en Joker, le film est un succès foudroyant. D’autres maisons de production tentent alors d’accrocher le train en marche, ainsi un pitoyable Punisher (Mark Goldblatt, 1989) sort à la fin de cette année, puis un Rocketeer (1991, Joe Johnston) à peine meilleur produit par Disney, enfin rien de très intéressant jusqu’en 1992. Cette année marque le retour de Tim Burton aux commandes de Batman : Le Défi. Cette fois beaucoup plus libre de ses actes grâce au magnifique Edouard aux Mains d’Argent, le réalisateur insuffle son univers personnel au film. Il donne la part belle aux deux méchants, Le Pingouin et Catwoman, magnifiquement interprétés par Dany de Vito et Michelle Pfeiffer et ce film devient alors la référence des adaptations de comics. On passera vite fait sur les lamentables troisième (Batman Forever, 1995) et quatrième (Batman et Robin, 1997) épisodes réalisés par un Joel Shumacher bien moins inspiré que sur Le Client ou Chute Libre.

Mais d’autres adaptations se faufilent dans la brèche désormais grande ouverte. En 1994 arrive The Crow (Alex Proyas), interprété par l’excellent Brandon Lee qui ne verra pas le film terminé puisqu’il décède pendant la post-production. Une adaptation de Spawn (Mark Zippe, 1997), supervisée par Todd Mc Farlane, le créateur du personnage, lui-même, n’obtient qu’un succès d’estime malgré certaines qualités indéniables. D’autres sorties plus ou moins confidentielles telles que Tank Girl (Rachel Talalay, 1995) ou Barb Wire (Dennis Hogan, 1996) sortent également, réalisant l’exploit d’être moins mauvaises que les bande dessinées dont elles s’inspirent. On peut également citer en vrac : Le Fantôme du Bengale, The Shadow, Fantastic Four enfin rien de bien follichon, la plupart n’étant même pas sortis au cinéma en Europe. Mais la donne change avec l’arrivée du film attendu par tout fan de comics qui se respecte : X-Men.

Années 2000 : l'invasion


Pour adapter les X-Men à l’écran, Marvel fait très fort : budget énorme, la meilleure équipe d’effets spéciaux, une paire d’acteurs Shakespeariens (Patrick Stewart et Ian Mc Kellen), et un réalisateur (Brian Singer) certes encore jeune mais déjà reconnus pour ses succès tels que Usual Suspects et Un Elève Très Doué. Les personnages principaux sont tous là, relookés pour ne pas tomber dans le ridicule des costumes colorés, et Wolverine (Hugh Jackman), se taille la part de l’ogre. Le casting est composé dans l’ensemble d’acteurs connus mais pas de grande stars (à part peut être Halle Berry) et certains personnages sont rajeunis pour les besoins du scénario. Ce film, si il n’est pas une adaptation fidèle du comics, est suffisamment respectueux de l’esprit pour obtenir un succès énorme et la reconnaissance d’un public de fans.

En 2002, arrive l’autre héros que tout le monde attend : Spiderman. Cette fois c’est Sam Raimi (Darkman, Evil Dead, Un Plan Simple) qui est choisi pour le réaliser. Raimi est un fan de comics et l’univers visuel qu’il développe dans ses films est proche de l’esprit BD. Le film, qui prend tout de même quelques libertés avec le Spiderman de Lee et Kirby, est un succès. La voie semble tracée et on ne compte plus les rumeurs faisant état de telle ou telle adaptation. L’année 2003 voit arriver la suite de X-Men, baptisée X2, reprenant dans les grandes lignes un des scénarios préférés des fans : Dieu Crée l’Homme Détruit. Tous les acteurs du premier sont de retours et le film est toujours réalisé par Brian Singer qui cette fois s’implique aussi dans la production. Un déluge d’effets visuels allié à une histoire bien plus aboutie offrent à ce film le titre de « meilleure adaptation de comics » et un énorme succès commercial. Ensuite on peut voir une adaptation assez peu convaincante de Ben Affleck en Daredevil. Un film de Mark Steven Johnson assez peu crédible où heureusement les autres acteurs dont Jennifer Garner (série TV Alias) dans le rôle d’Elektra tirent mieux leur épingle du jeu. Cette même année, le géant vert immortalisé à la télé par Lou Ferrigno débarque en force. Dans ce Hulk, pas de body-builder sur-vitaminé mais les meilleures images de synthèse qui rendent le personnage bien plus crédible. Mais là où on pouvait attendre un déluge de destruction et de violence, Ang Lee fait un film novateur explorant à merveille les sentiments humains. Le succès est plus faible pour que X-Men ou Spiderman mais une suite est prévue tout de même.

 
 
 
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