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Le Grand Pouvoir du Chninkel (2)
Des références explicites
On
le sait, Jean Van Hamme a la capacité de combiner diverses
sources pour donner naissance à des albums denses et truffés
de points de ralliements, pré-acquis pour le lecteur érudit.
En plus de cette référence explicite à la
Bible, l'auteur nous rappelle donc l'univers fantastique de Tolkien
qui rassemble bien des peuplades différentes et une faune
diversifiée. Les peuples commandés par les Trois
Immortels regroupent des personnages hétéroclites
: d'abord les Chninkels esclaves, ces petits elfes attachants
aux oreilles pointues et aux mains tremblantes face aux terribles
maîtres sanguinaires, ensuite, les Chninkels libres dont
la digne représentante (en dehors des grands sages, les
nobles vénérables du peuple Chninkel) se nomme G'wel,
une jeune fille fidèle et dévoué à
J'on dans sa quête et enfin, les Tawals, des singes velus
et sans cervelle dont la force colossale ne sert qu'à tuer.
Les animaux sont encore d'une extrême originalité
: des pesants Womochs cracheurs de feu, des Orphyx carnivores
et des Traganes sauvages, trois espèces particulières
de créatures qui ne sont autre que les montures des Immortels
!
Et puis, il y a encore ce rapprochement entre ce monolithe noir
et le symbole divin imaginé par Stanley Kubrick dans "2001
l'Odyssée de L'Espace".
La couleur
Et
voilà que la couleur fait son apparition. La couleur...
elle a suscité bien des critiques de la part des bédéphiles.
N'y a-t-il derrière cette réédition couleur
qu'un simple coup commercial, comme on semble le penser ? Il est
vrai que la maison d'édition, Casterman, a connu pas mal
de problèmes d'argent et aurait pu tenter de renflouer
ses caisses avec ce grand succès. Mais cette réédition
n'aurait pu se faire sans la volonté de ses auteurs. Pour
beaucoup, la couleur alourdit les dessins, détruit l'ambiance
créée par le noir et blanc et cette parution en
trois tomes casse le rythme de l'histoire. Pour d'autres, plus
positifs, c'est une façon de redécouvrir ce classique
de la bande dessinée, de donner envie aux inconditionnels
de la couleur ou aux plus jeunes de se plonger dans cet univers
tolkienien pour suivre la quête de J'On le Chninkel. Avouons
quand même que cette colorisation est des plus soignées
et assez adaptée au récit. Cela on le doit à
Graza elle-même, une coloriste familière aux univers
de Rosinski puisque c'est aussi elle qui a réalisé
les couleurs pour " Thorgal", les séries "Hans"
et "La complainte des Landes perdues" ! Enfin, cette
réédition couleur ne dénoncerait-elle pas
aussi une nouvelle tendance à la réactualisation
de "l'ancien". C'est vrai qu'en bande dessinée,
nos classiques se trouvent de plus en plus souvent "rajeunis"
par ces rééditions couleurs. Citons un autre exemple
récent : la nouvelle version couleur de Silence (Comès)
parue aux éditions Casterman (encore) ! On pourrait se
demander si nous ne perdons pas, à chaque "remaniement"
d'un élément de l'histoire, un peu de la magie de
l'œuvre, de son "aura"? Bref, les questions sont
nombreuses et le débat est long et quoi qu'il en soit,
"Le Grand pouvoir du Chninkel" de Rosinski et Van Hamme
restera encore longtemps un album indispensable et incontournable
pour tout amateur de BD !
Séverine
Stiévenart
Toutes les images de cet article sont copyright Rosinsky/Van
Hamme/Casterman
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