Le Grand Pouvoir du Chninkel

Un jour, un Miracle

Depuis la nuit des temps, Daar avait toujours été un monde en guerre. Une guerre incessante que se livraient les Trois Immortels : Barr-Find Main Noire, Jargoth Le Parfumé, Zembria La Cyclope. Brutes sans visage, cruels androgynes et féroces amazones, tous n'obéissaient qu'à une seule et même loi : Extermination. Mais qui donc avait permis une telle infamie, de quel néant venaient donc ces races supérieures qui contraignaient les peuples à une aussi atroce servitude... Horreur, folie sanglante, désolation... pour combien de temps encore ?
Jusqu'au jour où se produit un Miracle...

Une rencontre, des chef-d'œuvres

La rencontre entre Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski en 1976 est l'origine même de chefs d'œuvres incontestables en bande dessinée. Slave de naissance, Rosinski, qui ne parlait pas un mot de français à l'époque, était sensible à la culture germanique. De là est né le projet Thorgal (qui démarre en 1977), cette fabuleuse aventure chez les Vikings. Une aventure que tout le monde, un jour ou l'autre a dû suivre avec ravissement. Une aventure dans laquelle la mythologie et l'héroïsme ont une place de premier ordre. Récemment, nous pouvions encore redécouvrir ce grand duo de talent dans Western (Editions du Lombard, 2001). De nouveau, les auteurs ont mis leur savoir faire au service d'une œuvre de première catégorie, hymne à l’Ouest et à ses personnages de caractère. Mais revenons plusieurs années en arrière avec la sortie du Grand Pouvoir du Chninkel, en 1986.

Un mythe remanié

A la base, ce récit est née de l'envie de Rosinski de dessiner une histoire en noir et blanc. L'idée d'un récit isolé se déroulant dans un univers tolkenien a alors germé et pris la forme d'une version décalée du Nouveau Testament. Œuvre ambitieuse ? Certes, mais menée avec brio par Jean Van Hamme qui loin de s'aventurer dans une réécriture du nouveau testament, n'en a que préservé la trame. Dieu, créateur de l'univers et d'une multitude de peuples différents, est adulé aux quatre coins du monde. Les peuples primitifs lui vouent en effet une adoration sans bornes depuis des siècles et des siècles. Mais, un jour, cette adoration prend fin, les peuples se détournent du créateur. Voilà venu le temps de la punition, le temps d'expier la terrible faute des ancêtres irrespectueux. Les catastrophes s'enchaînent aussi épouvantables que le Déluge et plongent toute l'humanité dans la détresse pendant des générations. Seul le Sauveur, l'Elu pourrait rétablir la paix et racheter les fautes de ses ancêtres.
J'on, un Chninkel soumis à l'esclavage, est le Choisi de U'n, le maître créateur des mondes, pour sauver son monde de l'Apocalypse. A travers ce personnage, le culte divin est rétabli. Comme Jésus, il change l'eau en vin, marche sur de l'eau, guérit les malades, entraîne derrière lui des apôtres qui partout vont porter la Bonne Nouvelle et devient l'espoir de tout un peuple. Comme dans le culte divin, J'on le Chninkel est condamné par les siens mais pardonne : " au nom de U'n, je te pardonne... ". Est-ce là la fin du châtiment annoncé par le maître créateur... Oui car U'n, dans " Le Grand Pouvoir du Chninkel ", respecte sa promesse de ne pas détruire Daar... mais dans sa colère, il détruit tout ce qui y vivait. Car en vérité, U'n est un Dieu jaloux et rancunier, un maître cruel qui poussa son peuple vers le sacrilège et le reniement de son nom. Un Dieu qui, voulant être craint, assorti son culte de la terreur d'un nouveau châtiment ! Une théorie poussée à l'extrême par Jean Van Hamme pour nous conter l'histoire d'un éternel recommencement...

 

 
 
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